Les fondateurs avec leur système intellijoint HIP en salle d'opération.

Armen Bakirtzian, cofondateur et président-directeur général d'Intellijoint Surgical, a découvert avec stupéfaction que la réussite d'une opération de la hanche dépendait entièrement des compétences du chirurgien qui la pratiquait, et qu'aucune méthode scientifique ne permettait d'en améliorer la précision. Avec ses cofondateurs Andre Hladio et Richard Fanson, il a donc mis au point une solution qui a mené à Intellijoint Surgical Inc. (en anglais seulement), une entreprise florissante de technologies médicales établie à Waterloo. Le produit phare de l'entreprise, intellijoint HIPMD, est un outil miniature de navigation optique 3D qui permet d'améliorer l'exactitude du positionnement de l'implant lors d'une opération de la hanche. Nous avons discuté avec les trois fondateurs de la croissance de leur entreprise de technologies médicales en Ontario.

Les fondateurs de l'entreprise Intellijoint Surgical (de gauche à droite) : Andre Hladio, Armen Bakirtzian et Richard Fanson

Q. : D'où vient l'idée de la technologie d'intellijoint HIP?

En 2008, nous étions en génie mécatronique à l'Université de Waterloo et avions à faire un projet de conception de quatrième année. Le défi consistait à créer quelque chose de nouveau. J'ai donc demandé à mon père, un chirurgien orthopédiste, si je pouvais l'observer pendant qu'il pratiquait une arthroplastie. Il a accepté, mais m'a avoué en toute honnêteté qu'il s'agissait d'une intervention subjective dont la réussite dépendait entièrement de la formation et de l'expérience du chirurgien, et qu'il n'existait pas de technologie accessible pour en assurer la précision. Cette révélation nous a tous surpris, car dans les années 2000, nous nous serions attendus à ce que la chirurgie repose sur la science. Nous avons donc essayé de trouver une solution à ce problème dans le cadre de notre projet.

Q. : À quel moment avez-vous réalisé que votre produit avait un potentiel commercial?

À la fin de nos études, nous tenions un prototype fonctionnel à l'état brut. Celui-ci nous semblait trop prometteur pour que ça s'arrête là, alors nous avons continué de le perfectionner. Nous nous sommes inscrits à la maîtrise, et nous travaillions sur notre projet dès que nous le pouvions. En 2010, au cours de la dernière session d'été, nous avons participé à un concours pour les jeunes entrepreneurs de l'organisme Centres d'excellence de l'Ontario (CEO), l'avons remporté et nous sommes mérité un microprêt de 18 000 $ pour poursuivre notre projet.

Q. : Que s'est-il passé ensuite?

Nous avons travaillé en accéléré pendant quatre mois. Grâce au concours, nous avons été mis en contact avec des chirurgiens orthopédistes, auxquels nous avons demandé de voir s'ils pouvaient trouver des failles à notre produit. Le processus a démontré que nous tenions quelque chose de prometteur, alors nous avons décidé de nous y consacrer à temps plein et, en octobre 2010, nous avons mis sur pied notre entreprise au Accelerator Centre de Waterloo.

Q. : Comment l'entreprise était-elle financée à ses débuts?

Les quatre premières années, nous avons obtenu environ 3,5 millions de dollars par l'entremise de programmes fédéraux et provinciaux. Environ la moitié de cette somme provenait du gouvernement de l'Ontario, principalement de l'Échange des technologies de la santé (HTX) et du Fonds d'accélération des investissements de MaRS. Nous avons également reçu des fonds grâce à divers programmes des CEO, dont le programme Préparation à la commercialisation et le programme de financement Cadre intégré (en anglais seulement).

Q. : Maintenant que votre entreprise est en pleine croissance, qu'advient-il du financement?

Nous avons commencé à miser davantage sur le financement de sources privées, étant donné que les fonds du gouvernement sont limités pour les entreprises qui prennent de l'expansion. Nous avons eu la chance d'obtenir quelque 11 millions de dollars à notre ronde de financement A, en novembre 2016, principalement d'investisseurs privés du couloir Toronto-Waterloo.

Q. : Quelles ont été vos plus grandes étapes?

Le développement du produit, l'assurance de la qualité, les questions de réglementation et enfin, la vente ont été des étapes extrêmement importantes. Les principaux caps franchis pour lancer nos deux générations d'intellijoint HIP sont la certification de nos systèmes de qualité et, pendant tout le processus de développement, les approbations de Santé Canada et de la FDA. Le moment le plus mémorable est lorsque nous avons vu notre produit utilisé pour la toute première fois pendant une intervention… nous avions peine à y croire.

Le système intellijoint HIP

Q. : Quels sont les défis auxquels vous avez eu à faire face?

Je crois que nos plus grands défis ont été de trouver, à nos débuts, l'assurance nécessaire pour créer un dispositif médical ainsi que de reconnaître dans quelle mesure nous avions ou non besoin de soutien. Ce que nous avons appris, c'est qu'il faut s'attaquer aux lourdes tâches de la même façon qu'on s'attaque aux petites : c'est-à-dire une étape à la fois.

Q. : Quand avez-vous su que l'entreprise était vouée à la réussite?

Le logo d'Intellijoint Surgical

Je dirais l'an dernier, lorsque nous avons réussi à percer les marchés des États-Unis de l'Australie. C'est très gratifiant de créer un tel produit, mais au bout du compte, si personne ne l'achète, nous aurons fait tout ce travail pour rien. L'an dernier, nous avons accompli beaucoup de choses : prouver que nous avions créé le bon produit, qu'il réglait un problème réel et qu'il y avait des acheteurs prêts à payer pour l'acquérir.

Q. : Comment s'annonce l'avenir? Quels sont vos plans?

Notre objectif est de créer une série complète de produits de navigation pour l'arthroplastie de la hanche et de nous immiscer dans d'autres disciplines chirurgicales. Notre technologie de base convient à plusieurs autres types d'interventions, notamment l'arthroplastie du genou. Nos objectifs de croissance sont audacieux. Jusqu'à maintenant, nous avons connu une croissance moyenne d'environ 40 % par mois, et nous espérons la maintenir, voire l'améliorer.

Q. : Avec vos principaux marchés aux États-Unis, ressentez-vous une pression pour délocaliser vos bureaux? L'envisageriez-vous?

Nous avons tout bâti en Ontario. Bien qu'il y ait des occasions attrayantes de l'autre côté de la frontière, nous sommes établis ici depuis six ans et n'avons pas l'intention de partir. Nous avons déjà connu une croissance considérable; nous nous attendons à bien plus encore, et nous voulons que cela se poursuive en Ontario.

Q. : Quelles sont les principales propositions de valeur de l'Ontario pour les entreprises de technologies médicales en démarrage?

La province nous a offert une occasion en or de bâtir une entreprise de grande valeur et d'embaucher beaucoup de personnes. Nous avons été chanceux de bénéficier d'un encadrement et d'avoir accès au financement du gouvernement. Je dirais tout simplement que

nous avons accès à un large bassin de talents, et la capacité d'évoluer dans l'écosystème entrepreneurial de l'Ontario est extrêmement importante.

La culture ici, en particulier dans l'écosystème Toronto-Waterloo, soutient vigoureusement les nouveaux projets. Par ailleurs, l'accès à la pépinière d'entreprises en démarrage est également essentiel.

Q. : De quelle autre manière le gouvernement de l'Ontario contribue-t-il?

Les universités de l'Ontario appuient fortement l'entrepreneuriat. Je vais lancer des fleurs à l'Université de Waterloo, où les inventeurs détiennent leur droit de propriété intellectuelle. Nous avons déposé une demande de brevet en sortant de l'université; le processus s'est avéré extrêmement simple, et nous nous sommes vu accorder tous les droits. L'accès au financement de départ a également été un élément déterminant pour nous. J'ignore dans quelle mesure nous aurions été capables d'amasser ces fonds et d'avoir accès à l'expertise technique dont nous avions besoin à l'extérieur de l'Ontario. Je ne déménagerais pas notre entreprise et j'encouragerais les autres entrepreneurs à faire de même parce que l'Ontario a beaucoup à offrir. J'espère toutefois que le gouvernement prévoira des mesures pour soutenir l'expansion des entreprises de la province.

Q. : Quelle est la meilleure mesure prise par le gouvernement de l'Ontario pour aider les entreprises comme la vôtre?

Je dirais que l'une des plus importantes est de reconnaître le rôle de l'entrepreneuriat dans l'économie canadienne. Par ailleurs, l'encouragement et le soutien qu'il offre, et sa reconnaissance de la valeur que peuvent apporter les entrepreneurs sont uniques et importants.

Q. : Que diriez-vous à un quelqu'un qui envisage de créer une entreprise de sciences de la vie?

Je lui dirais que c'est possible et je l'encouragerais à relever le défi. Ce n'est pas aussi intimidant que ça en a l'air. Il y a beaucoup de soutien, et je dirais même qu'il y en a de plus en plus étant donné que les entrepreneurs d'expérience sont là pour aider la relève talentueuse de l'Ontario.

Cette entrevue a été condensée et modifiée.

Commentaire : Cette page a-t-elle été utile?

Vous désirez faire des affaires en Ontario?

Parlez-en à un conseiller commercial.

Inscrivez-vous à
notre bulletin


Le présent formulaire est utilisé uniquement à des fins professionnelles.

*Tous les champs sont obligatoires.



Inscrivez-vous à notre bulletin

Abonnez-vous pour recevoir des nouvelles et des mises à jour d'Investir en Ontario.


Inscrivez-vous

Retour en haut de la page