Daniel Penn, cofondateur et président-directeur général de Shift Health

Chaque jour, les médecins posent à leurs patients les questions qui leur semblent les plus pertinentes pour établir un bon diagnostic. Ce qu’ils omettent souvent de faire, par contre, c’est de poser des questions sur le quotidien des patients, ce qui ouvrirait la voie à de meilleurs résultats cliniques, et rares sont les patients qui en parlent d’emblée. Shift Health, une entreprise basée à Toronto, vient changer cette dynamique grâce à une technologie qui permet aux cliniques et aux hôpitaux de recueillir des résultats déclarés par les patients (patient-reported data) (en anglais seulement). Nous nous sommes entretenus avec Daniel Penn, président-directeur général et cofondateur de Shift Health (en anglais seulement), sur ce qui distingue la technologie de son entreprise et sur ce que l’avenir nous réserve.

Q. : Parlez-nous de TickiT.
TickiT (en anglais seulement) est une plate-forme de sondage mobile interactive qui prépare les patients en vue de leur rendez-vous avec le médecin en recueillant des données utiles à ce dernier. Nous travaillons avec des chercheurs pour trouver la meilleure façon de poser des questions sur certains problèmes de santé, par exemple, sur la façon d'aborder l'abus d'alcool ou d'autres drogues avec des adolescents. Nous travaillons à rendre les questions plus accessibles et à les regrouper dans les outils de sondage. Les patients peuvent y répondre en utilisant un appareil portatif comme un iPad, et les données sont envoyées directement au fournisseur de soins de santé pour les aider à déduire quelles devraient être les prochaines étapes des soins de santé.

TickiT, le produit phare de Shift Health qui aide les patients à mieux communiquer avec leur médecin

Q. : D'où vient l'idée de TickiT?
Ma mère, Sandy Whitehouse, est médecin et se spécialise en médecine de l'adolescence. À l'époque où j'ai obtenu mon diplôme universitaire [en 2011], elle travaillait sur les façons d'aider les adolescents à parler de leurs problèmes de santé mentale avec les professionnels de la santé. Je me suis intéressé à son prototype avec des concepteurs de l'Emily Carr University of Art + Design, et je me suis dit que c'était un concept intéressant qu'il fallait exploiter.

Q. : Est-ce que votre mère fait partie de l'entreprise?
Oui, nous avons fondé Shift Health ensemble, et elle occupe le poste de directrice médicale. Il lui revient notamment de valider les nouvelles idées. Ce rôle lui sied parfaitement, car son expérience lui a permis de bien connaître la nature des conversations qui ont lieu entre les adolescents et leurs médecins ainsi que le point de vue des administrateurs d'hôpitaux. Elle nous aide véritablement à élaborer les concepts que nous proposons.

Sandy Whitehouse, cofondatrice et directrice médicale de Shift Health

Q. : Quand vous avec décidé de lancer l'entreprise en 2011, étiez-vous certain que votre idée serait un succès commercial?
Non. C'était avant tout un projet de recherche né d'un questionnement : je me suis demandé si ce projet pouvait changer la façon de faire des gens. Je voulais avoir une expérience dans ce domaine et je voulais créer mon entreprise. Pourtant, nous avons rapidement suscité l'intérêt d'organismes du Canada et d'ailleurs.

Q. : Est-ce que le démarrage de l'entreprise représentait un gros risque?
Pas vraiment, mais c'est relatif. J'étais fraîchement diplômé de l'université, donc je n'avais pas grand-chose à perdre. Je me disais que le meilleur emploi que je pourrais avoir serait un emploi où je pourrais apprendre tous les jours.

Q. : Quelles sont les réalisations les plus importantes de votre entreprise à ce jour?
Certaines de nos plus grandes réussites découlent de notre collaboration avec des organisations souhaitant établir ou restructurer une stratégie de santé comportementale. La santé comportementale s'intéresse à la fois à la santé mentale, à la toxicomanie et aux problèmes de santé connexes, et c'est un domaine de plus en plus important dans les soins de santé. Sinon, nous sommes sur le marché depuis environ trois ans et avons doublé nos ventes. Nous faisons désormais affaire avec environ 30 clients au Canada, en Australie et aux États-Unis. Malgré tout, je dirais que notre réalisation la plus importante est à venir… nous sommes sur le point d'atteindre la rentabilité!

Q. : Vous êtes un entrepreneur relativement jeune. Qu'est-ce qui vous a préparé à démarrer une entreprise dans le domaine de la technologie médicale?
Je savais que je voulais me lancer en affaires, et les projets parallèles m'ont toujours plus intéressé que l'école. Quand j'étais étudiant à l'université, je m'entraînais pour des compétitions de ski trois ou quatre fois par semaine, j'ai créé un blogue alimentaire, publié quelques livres de recettes et lancé le happeninghamilton.ca, un blogue communautaire et culturel. La plupart de ces projets m'ont permis d'avoir une meilleure compréhension de l'entrepreneuriat et de savoir comment utiliser les médias sociaux pour accroître ma visibilité.

Q. : À mesure que l'entreprise grandissait, quels étaient les principaux défis, et comment le gouvernement de l'Ontario a-t-il contribué à votre réussite?
Au départ, nous ne nous sommes pas tournés vers le financement par capital de risque, car nous voulions prendre le temps de définir nos points forts et notre valeur. En fait, nous avons été entièrement financés par notre famille et nos amis. Nous étions donc heureux d'être l'une des premières entreprises à obtenir du financement du programme AvancéeSanté des Centres d'excellence de l'Ontario (CEO), ce qui nous a donné un bon coup de pouce. Au cours des dernières années, nous avons reçu un soutien important, particulièrement de la part des CEO et du District de la découverte MaRS (en anglais seulement). Nous bénéficions également du nouveau financement pour le codéveloppement de MaRS, un programme qui prend la forme d'un concours et qui attire des équipes de fournisseurs de technologie et de soins de santé.

Q. : De quelle autre manière le gouvernement de l'Ontario soutient-il les nouvelles entreprises spécialisées dans les sciences de la vie?
L'Ontario regorge de talents. Notre équipe est constituée de sept employés principaux, et de trois étudiants inscrits à un programme coopératif et stagiaires. Tous excellent dans ce qu'ils font, et il a été plutôt facile de les recruter. Certains des meilleurs établissements technologiques au monde ont élu domicile dans notre province; une véritable pépinière de talents. En fait, l'Ontario est à l'origine de notre succès et nous n'irions nulle part ailleurs.

Q. : À votre avis, quelle est la meilleure initiative du gouvernement de l'Ontario pour aider les entreprises comme la vôtre à réussir?
Je dirais que la communauté d'ici a joué un grand rôle. Il est facile de parler à des conseillers de premier plan et à des personnes qui sont passées par là avant nous. Les gens du milieu des sciences de la vie en Ontario ont été très gentils et nous ont offert du soutien.

Q. : Quelles tendances constatez-vous dans le secteur des sciences de la vie en Ontario?
Je lisais dernièrement sur le fait que presque toutes les technologies que nous utilisons aujourd'hui ont été conçues par de jeunes développeurs de Silicon Valley âgés de 25 à 35 ans. Pensez-y : bon nombre des technologies en soins de santé ont été conçues par des concepteurs qui n'interagissent pas avec des patients et ne savent peut-être pas se mettre à leur place. Pourtant, l'empathie est tellement importante. En fait, la plupart de nos connaissances ou de nos croyances en matière de soins de santé sont rendues tellement avancées sur le plan scientifique que la plupart des gens ne sont pas en mesure de contribuer. Je crois que nous devrions plutôt aborder la santé du point de vue contraire, afin de la rendre plus accessible d'une part et de recueillir des données plus précises d'autre part.

Q. : Quel conseil donneriez-vous à ceux qui envisagent la création d'une entreprise de sciences de la vie?
Interrogez le plus de personnes possible pour recueillir le plus de points de vue différents. Les médecins, les enseignants et les autres spécialistes ont chacun leur domaine d'expertise. Admettez d'emblée que vous ne connaissez pas toutes les réponses, mais que vous aimeriez les trouver, puis demandez-leur si c'est ce que vous êtes en train de faire, et si votre façon de faire est bonne. Les gens sont souvent ouverts à la discussion lorsqu'on les aborde de cette manière.

Q. : Quelles sont les perspectives d'avenir pour Shift Health?
Nous prévoyons une croissance et une rentabilité soutenues. Au cours des prochaines années, nous aimerions doubler de taille, ou même plus, comme nous avons maintenant une clientèle fiable. Nous commençons à savoir comment fidéliser à long terme les clients qui nous considèrent comme des partenaires. Nous cherchons également à réunir des capitaux pour nous aider à poursuivre notre expansion sur le marché américain de 50 milliards de dollars.

Cette entrevue a été condensée et modifiée.

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