Quand Stephen Piron termine ses études à l'École d'informatique de l'Université de Toronto, en 2003, il n'a qu'une seule envie : quitter le Canada pour travailler dans les hauts lieux de l'industrie des technologies. Après un bref séjour dans la Silicon Valley où il vend sa jeune entreprise prospère à des concurrents états-uniens, M. Piron déménage au Royaume-Uni et travaille presque 10 ans dans le domaine de la finance quantitative.

« C'était très différent à l'époque : je travaillais pour un fonds spéculatif qui recrutait des gens de partout dans le monde, et le fait d'être diplômé de l'Université de Toronto ne m'a jamais valu d'attention particulière, se remémore-t-il. Mais ç'a complètement changé ces dernières années. »

Toronto, berceau de talents en IA

La vie de Stephen Piron change du tout au tout lorsqu'il fait la rencontre fortuite, en 2014, de nul autre que Demis Hassabis, fondateur de Deep Mind, en coulisse d'une conférence sur la technologie à Paris. « J'ai dit à M. Hassabis que j'avais grandi à Toronto, et j'ai constaté avec surprise qu'il connaissait la ville comme sa poche, raconte M. Piron. J'ai ensuite compris qu'il recrutait de jeunes talents au labo d'apprentissage machine de l'Université de Toronto depuis des années. C'est là que j'ai eu le déclic. Je me suis dit : "La compagnie la plus branchée de toute l'Europe considère Toronto comme un foyer de jeunes talents en IA! Je dois retourner au Canada pour y lancer une entreprise d'apprentissage en profondeur." »

Stephen Piron, cofondateur et codirecteur de Dessa, devant un tableau noir.
Stephen Piron, cofondateur et codirecteur de Dessa

Un an plus tard, M. Piron retourne à Toronto, où il crée DeepLearni.ng, connu aujourd'hui sous la marque Dessa, en collaboration avec Eric Lee, Ragavan Thurairatnam et Vincent Wong. En 2016, l'entreprise est l'une des premières au monde à produire un système d'apprentissage en profondeur pour les services bancaires de détail. Elle s'associe à la Banque Scotia afin de développer un système d'IA sur mesure; elle aide ainsi l'institution à réaliser des économies substantielles et jette les bases d'un plan personnalisé à long terme pour l'utilisation de l'IA. Dessa, aujourd'hui le principal partenaire stratégique de la Banque Scotia pour ses solutions en matière d'IA, continue également de collaborer avec des entreprises d'envergure issues de divers marchés verticaux.

Comment les banques peuvent-elles tirer profit de l'IA?

« Améliorer le service à la clientèle, placer le client au cœur des préoccupations : voilà les premiers progrès visibles pour les banques qui cherchent à tirer profit de l'IA, explique M. Piron. Quand on y pense, chaque fois qu'on utilise notre carte de débit ou de crédit, les institutions financières enregistrent nos données. Nos transactions génèrent une véritable mine d'informations dont les banques ne se servent pas vraiment; or, si elles les mettaient à profit pour mieux comprendre et prévoir les besoins de leurs clients, elles pourraient en tirer d'énormes avantages. »

Aux tout débuts, l'équipe de Dessa travaille avec des outils standards, comme TensorFlow, pour mettre au point et appliquer ses solutions d'apprentissage, mais elle constate rapidement que ce matériel limite ses possibilités. C'est ce qui motive la mise sur pied de Frontiers, une plateforme interne de création de systèmes d'IA pour entreprises. En fait, c'est désormais plus de la moitié du personnel de Dessa qui se consacre à l'amélioration constante de la plateforme.

Des usages réalistes de l'IA

Si Frontiers a été un élément déterminant dans le succès de l'entreprise, M. Piron explique que la véritable clé, c'est l'établissement d'une relation de confiance avec les clients. « On entend énormément parler d'intelligence artificielle, et il serait facile d'en exagérer les avantages pour une grande banque. Nous prenons soin d'éviter les fausses promesses; nous travaillons en étroite collaboration avec nos clients pour définir des objectifs d'application réalistes afin de les faire évoluer grâce à l'IA. Au bout du compte, notre objectif, c'est d'enseigner aux équipes de nos entreprises clientes à utiliser la plateforme Frontiers avec peu ou pas d'aide de notre part. » Le partenariat de Dessa avec NVIDIA a également été un moment marquant.

Des investisseurs de la Silicon Valley en Ontario

Malgré le succès fulgurant de son entreprise, Stephen Piron a encore du mal à croire que la réputation de Toronto ait pu prendre tant d'ampleur en si peu de temps. « Quand je dis à des gens de New York que ma compagnie fait partie de l'Institut Vecteur, ils savent de quoi je parle », raconte-t-il avec enthousiasme. En effet, son entreprise a inauguré dernièrement un bureau à New York, après que Dessa a été nommé parmi les accélérateurs technologiques canadiens (article en anglais seulement). « Des investisseurs qui autrefois ne quittaient jamais la Silicon Valley viennent désormais régulièrement visiter Creative Destruction Lab. » M. Piron raconte que récemment, à l'occasion d'une conférence en Californie, un professeur de Standford lui a demandé d'où venait son équipe. Sa réaction? « Ah, Toronto! Vous avez probablement une longueur d'avance sur nous. »

« Voilà qui aurait été inimaginable il y a seulement quelques années, dit Stephen Piron. Pour tout dire, le savoir-faire de nos experts a permis de nous bâtir rapidement une excellente réputation sur la scène internationale. Considérée aujourd'hui comme le centre névralgique de l'IA, Toronto attire des gens de partout. »

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17 juillet 2018

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