Paul Lem, fondateur et PDG de Spartan Bioscience

De nombreuses maladies graves peuvent désormais être soignées grâce aux diagnostics précoces de maladie infectieuse ou à l'adaptation des médicaments aux mutations génétiques des individus, mais, pour ce faire, il est essentiel d'en savoir plus sur l'ADN des patients. Auparavant, il fallait attendre des jours et même des semaines pour recevoir les résultats des analyses traditionnelles en laboratoire; ce délai pouvait avoir un impact crucial sur la recherche d'un traitement efficace.

Découvrez le Spartan Cube (en anglais seulement) créé par Spartan Bioscience (en anglais seulement), une entreprise établie à Ottawa. Cet appareil compact révolutionnaire a été conçu pour fournir des résultats en aussi peu que 30 minutes.

De nombreuses entreprises ont énormément investi pour créer des appareils semblables, sans succès. Cette entreprise ontarienne n'est pas comme les autres. Voici la transcription d'une entrevue réalisée avec Paul Lem, fondateur et PDG de Spartan Bioscience. Nous espérons que vous apprécierez l'histoire passionnante à l'origine de cette innovation médicale véritablement révolutionnaire.

Q. : Parlez-nous un peu du Spartan Cube.
R. : Chez Spartan, nous voulons rendre la conduite de tests ADN accessible à tous. Le Spartan Cube, le plus petit analyseur génétique au monde, est un appareil portatif et pratique qui permet d'obtenir des résultats rapidement, où et quand vous en avez besoin. Nos premiers tests permettent de détecter des problèmes dans trois principaux secteurs : les maladies infectieuses, comme l'angine streptococcique ou la grippe; la pharmacogénétique, qui s'intéresse au lien entre le profil génétique et la réponse de l'organisme à un médicament; et la salubrité de l'eau et des aliments, pour détecter les pathogènes comme la Salmonella, la Listeria et l'E. coli. L'ADN est partout, ce qui signifie que cette technologie pourra servir à de nombreux autres usages.

Le Spartan Cube

Q. : D'où vient l'idée du Spartan Cube?
R. : Dans le cadre de ma formation en médecine, plus précisément au début de ma résidence, je travaillais dans un laboratoire et je faisais des consultations auprès de patients. Quand je demandais certains tests ADN au laboratoire, on me répondait soit que le test n'était pas possible, ou alors que les résultats ne seraient pas connus avant des semaines. Je trouvais cette situation très frustrante et anormale. Je me suis mis à me demander s'il serait possible de développer une technologie pouvant réaliser des tests ADN à l'extérieur d'un laboratoire et qui serait accessible à tous.

Q. : Avez-vous trouvé difficile de mettre fin à votre carrière de médecin?
R. : J'étais enthousiaste à l'idée d'accomplir quelque chose à une plus grande échelle. Comme médecin, il y a une limite au nombre de patients que l'on peut traiter. Or, les inventions ont le potentiel de toucher des millions de personnes. Quand j'aurai 80 ans, je veux pouvoir me dire que j'ai participé à quelque chose de vraiment significatif. C'est ce que représente Spartan à mes yeux.

Q. : Quand vous avez décidé de lancer l'entreprise, étiez-vous certain que votre idée serait un succès commercial?
R. : Nous avions remarqué une tendance vers la réduction, la décentralisation et la démocratisation des appareils, et le déclin des gros appareils centralisés. Il suffit de penser aux ordinateurs centraux qui ont été délaissés pour les ordinateurs personnels et à l'arrivée des téléphones intelligents. Cette tendance s'observe également dans le domaine du diagnostic médical. Les glucomètres illustrent bien cette évolution; il n'y a pas si longtemps, il fallait qu'un médecin fasse une prise de sang, qu'il l'envoie à un laboratoire, et les résultats n'étaient pas connus avant des semaines. Aujourd'hui, il est possible d'acheter des bandelettes en pharmacie. Nous avons toujours su que les analyseurs d'ADN suivraient la même tendance, que les laboratoires perdraient du terrain et que les analyseurs d'ADN personnels gagneraient en popularité.

Q. : Vous avez lancé Spartan Bioscience en 2005, mais le Cube vient tout juste d'être commercialisé. Comment avez-vous financé sa création?
R. : Nous levons des fonds depuis les débuts. Les fonds provenaient d'investisseurs providentiels les huit premières années, mais depuis environ un an, Canon finance nos activités en tant qu'investisseur stratégique. Cet appui représente une grosse réalisation pour nous. Nous avons aussi développé Spartan RX (en anglais seulement), un appareil de première génération destiné aux milieux hospitaliers que nous continuons de vendre partout dans le monde.

Le Spartan RX

Q. : Quelles sont les réalisations les plus importantes de votre entreprise à ce jour?
R. : Notre réalisation la plus importante est sans doute le lancement du Spartan Cube en juillet [2016], puisque c'est l'appareil de test d'ADN le plus accessible que nous ayons conçu. Nous travaillons sur ce projet depuis 10 ans. Nous sommes également fiers que le Spartan RX ait été approuvé par la FDA et Santé Canada. Nous pourrons appliquer les leçons que nous avons tirées de ce processus au Spartan Cube, qui devra lui aussi être approuvé.

Q. : Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec le Peter Munk Cardiac Centre (en anglais seulement)?
R. : Des chercheurs de ce centre et de la Mayo Clinic mènent une étude sur la médecine moléculaire personnalisée chez des patients atteints de cardiopathie qui se font installer une endoprothèse coronaire. Ils cherchent à déterminer si une certaine médication peut prévenir différents problèmes cardiaques en fonction du profil génétique des patients. C'est une collaboration qui nous sera profitable, vu l'intérêt que nous portons à la pharmacogénétique.

Q. : Quelles difficultés votre entreprise a-t-elle dû surmonter, et comment s'y est-elle prise?
R. : Je crois que notre plus grand défi était en fait d'arriver à créer le plus petit analyseur d'ADN au monde. C'est un défi que des centaines d'entreprises ont tenté de relever au cours des 15 dernières années. Certaines d'entre elles y ont consacré plus de 300 millions de dollars et n'y sont pas arrivées!

Q. : Dans vos efforts pour relever ce défi, le fait d'être situé en Ontario a-t-il été avantageux d'une façon ou d'une autre?
R. : Assurément! Un des aspects les plus difficiles de cette technologie est lié au génie optique. L'Ontario possède d'excellents ingénieurs opticiens et, du côté de la recherche, d'éminents professeurs qui comprennent les enjeux entourant la création d'un tel appareil. Nous avons embauché de nombreux anciens employés d'entreprises technologiques, comme Nortel.

Q. : Quelles sont les forces de l'Ontario en ce qui concerne le soutien des entreprises émergentes en sciences de la vie?
R. :

Je peux affirmer sans hésiter que l'Ontario est un terreau fertile pour les entreprises biotechnologiques.

On y trouve de formidables universités dynamiques sur le plan de la recherche, comme l'Université d'Ottawa, l'Université Carleton (en anglais seulement), l'Université de Toronto (en anglais seulement) et l'Université de Waterloo (en anglais seulement). Les étudiants et les ingénieurs qui y sont formés sont vraiment très forts, ce qui nous permet d'embaucher les experts dont nous avons besoin.

Q. : À votre avis, quelle est la meilleure initiative du gouvernement de l'Ontario pour aider les entreprises comme la vôtre à réussir?
R. : Je dirais que le crédit d'impôt de l'Ontario pour la recherche et le développement est ce qui nous a le plus aidés. L'Ontario offre également des programmes très utiles, comme les Centres d'excellence de l'Ontario, qui nous ont permis de trouver le financement nécessaire pour embaucher des travailleurs. Le Fonds d'investissement dans l'innovation du Sud de l'Ontario nous a également donné un coup de pouce, ainsi que, plus localement, Investir Ottawa.

Q. : Quelle est votre vision à long terme de l'industrie des sciences de la vie en Ontario?
R. : Je crois que c'est une industrie qui continuera à prendre de l'ampleur. Les données démographiques guident de nombreuses tendances : avec le vieillissement de la population viendra un besoin accru en matière de soins de santé. Les gens veulent vivre plus longtemps en santé, et les secteurs de la biotechnologie et du diagnostic peuvent être utiles en ce sens. Nos assises en la matière sont, selon moi, solides en Ontario. La province possède par ailleurs d'excellents hôpitaux, de bonnes universités orientées vers la recherche et des gens talentueux. Bref, tous les éléments pour favoriser l'innovation.

Q. : Quel conseil donneriez-vous à ceux qui envisagent la création d'une entreprise de sciences de la vie?
R. : Je dirais à ces personnes qu'elles devront y consacrer énormément de temps et d'énergie. À ce sujet, je suis d'accord avec ce que Malcolm Gladwell écrit dans Outliers, soit qu'il faut travailler en moyenne 10 000 heures pour exceller dans n'importe quoi. Cette règle s'applique aux entrepreneurs en biotechnologie.

Q. : Quels sont vos projets pour l'avenir de Spartan?
R. : Nous prévoyons élargir la portée de nos différents tests dans les champs des maladies infectieuses, de la pharmacogénétique, et de la salubrité de l'eau et des aliments. Sinon, notre technologie pourrait être utilisée dans tellement de domaines… jusqu'aux diagnostics en médecine vétérinaire. L'ADN est dans tous les organismes vivants, alors les possibilités sont infinies.

Cette entrevue a été condensée et modifiée.

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